Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 12:39

Malheur à toi si tu es pauvre et malade au Burkina

En février 2011, avec mon épouse, Joëlle, nous visitons des concessions où nous allons aider à installer de nouvelles latrines et coins douches. Nous sommes au quartier de  Toukon dans la commune de Réo. De très nombreuses familles nous connaissent depuis 2004 où nous avons démarré notre activité avec un groupement de femmes. Christiane et Rachel sont depuis le départ nos interlocutrices en tant que responsables du groupement de poterie. Ce sont elles qui décident avec les sages du village, des familles où on pourra intervenir. La liste d’attente est longue car dans les villages, 90 % des familles n’ont pas de coins douches propres, encore moins de WC.

Dans la cour de Rachel, nous nous arrêtons sous les manguiers saluer les hommes, les femmes et les enfants qui s’y reposent ou jouent. Un étranger qui entre dans une cour doit se déplacer pour saluer chaque personne et surtout les « vieux ». Une femme que je ne connais pas est allongée sur une natte. Elle parait souffrante. Elle est très maigre et apparemment très déshydratée et sous alimentée. Je peux discuter avec elle car elle parle très bien le français, ce qui n’est pas fréquent dans les villages. Elle n’a pas d’appétit et ne sait quoi faire pour aller mieux. Je lui propose un mélange de pulpe d’aloès et de miel de ma confection pour aider son appareil digestif. Nous poursuivons notre chemin dans 6 autres concessions pour discuter des travaux à envisager.

            Fin mars, je fais une nouvelle tournée pour suivre les travaux d’installation de WC et coins douches. C’est bien de financer, mais le suivi est indispensable pour éviter les détournements de matériels et s’assurer que les normes de construction sont respectées. Les fosses ont été creusées pour les WC, dans 6 cour différentes. J’apporte le ciment, les fers à bétons et les tuyaux en pvc. Le ciment va consolider les bords des fosses avec des pierres sauvages, quand le sol est friable. Il va servir pour faire les dalles ainsi que  le crépissage des murs qui eux seront bâtis en bancos (briques de terre et paille). Ce sont les familles, aidées ou non par un maçon, qui réalisent le travail en suivant nos plans.

Je revois la femme sous les manguiers. Elle se nomme Véronique. Elle doit avoir dans les 45 ans. C’est la petite sœur de la maman de Rachel. Voilà pourquoi, elle est dans cette cour. C’est toujours difficile de se faire expliquer les liens de parenté. En principe, elle habite et travaille à Bobo-Dioulasso avec ses 4 enfants. Son mari vit et travaille en Côte d’Ivoire. J’interroge Rachel sur son état de santé. A-t-elle fait le test VIH ? Elle ne peut me répondre. Le sujet est tabou !  Pourtant ce serait important de savoir ; ça pourrait expliquer sa maigreur excessive. Je n’en saurai pas plus ce jour là.

Je repars en France pendant 2 mois et demi pour revoir ma famille, les enfants et petits enfants et les amis.

            Fin juin, de retour, je reprends mes tournées de suivi des travaux WC et douches. Véronique n’est pas sous les manguiers. Qu’est-elle devenue ? Je crains le pire. Rachel m’entraine dans la maison de sa mère. Véronique est là, couchée au sol sur sa natte. Sa fille Chloé est près d’elle depuis février, elle a laissé la classe de 3ième et renoncé au BEPC pour aider sa maman. Je ne l’avais pas remarquée sous les manguiers avec le grand nombre de personne qui s’y reposait. Véronique ne peut pas bouger. Ses jambes sont très enflées. Pourquoi ces œdèmes jusqu’aux genoux, sur les deux jambes, qui jurent avec la maigreur excessive du reste de son corps? Elle ne mange pas, ou seulement quelques cuillérées de riz chaque jour. Le tube digestif, l’estomac et tout son ventre la brûle en permanence. Ses pieds très enflés sont très noirs, beaucoup plus que leur couleur naturelle.

Elle me raconte qu’avant de revenir à Réo, elle a été 4 mois à l’hôpital à Bobo. Elle a eu beaucoup d’examens, d’analyses de sang. Le médecin n’a rien trouvé d’anormal. Pourtant elle maigrissait à vue d’œil. Elle était plutôt forte de corpulence. Elle y a consommé beaucoup de médicaments. Comme toujours ici, si tu es fatigué, on te soigne d’abord pour le palu, puis s’il n’y a pas de résultat, on continue par la typhoïde, puis pour la méningite. Ils n’ont pas trouvé la source de son mal. En 4 mois, elle y a laissé toutes ses économies. Elle est repartie chez elle, faute de ne pas pouvoir continuer à payer l’hospitalisation.

Si tu n’as pas l’argent, même en hôpital publique, tu dois repartir mourir chez toi. C’est ainsi. C’est la dure loi des pays pauvres. Aujourd’hui, la santé est devenue un luxe, car, si tu n’as pas les moyens pour aller en clinique, bonjour les soucis.

La situation des hôpitaux est catastrophique. Les quelques médecins sont trop employés aux travaux administratifs, ils ont peu de temps à consacrer aux malades. Les médecins sont trop mal rémunérés, le salaire en hôpital est de 140 000 fr mensuel soit un peu plus de 200 €uros. Ils créent donc tous des cliniques privées, où ils sont à 80 % de leur temps avec une clientèle qui a plus de moyens. Ce qui leur permet de mieux vivre. Quand ils font leur internat en Europe ou aux USA, on comprend qu’ils ne sont vraiment pas motivés pour revenir au pays, où il faudra travailler sans matériels fiables et avec un salaire de misère.

En fait, ce sont les infirmiers qui officient et se font appeler docteurs.  Malheureusement leur formation n’est pas à la hauteur. Avec le BEPC, on passe un concours général, qui permet d’entrer aussi bien dans la police que dans une administration. C’est comme une loterie. Si on est admis,  on peut entrer en école de santé. En 3 ans, on est diplômé d’Etat. Il y a aussi très peu de  matériel dans ces écoles. On forme plutôt des agents à venir tâtonner et faire leur expérience dans les hôpitaux. Ils ont des conditions de travail plus dégradées encore que celles dans laquelle ils ont été formés. On devient infirmier, comme on devient mécanicien. C’est un gagne pain, comme un autre. Pour la plupart, il n’y a pas de motivation pour ce travail de santé. Les centres sont bondés d’agents incompétents et non motivés.

La médecine est un métier trop sérieux pour qu’on y vienne sans vocation. Ce n’est pas de la mécanique auto où on peut « débrouiller » en espérant que ça va aller.

Bref, je reviens à Véronique. Son mari ne pouvant s’occuper d’elle, et gagnant trop peu, suite à la longue période de guerre civile en Côte d’Ivoire, lui demande d’aller dans sa famille à Réo. Elle a toujours vécu indépendante, elle faisait du commerce, allaient chercher du poisson, des tissus, des plats … en Côte d’Ivoire pour le revendre à Bobo. Même dans les périodes troubles en CI, elle circulait avec sa moto pour nourrir ses enfants et leur permettre d’aller à l’école. C’était une femme forte,  dynamique et travailleuse, qui n’attendait pas après les autres pour s’en sortir. Elle élève seule ses 4 enfants de 22, 19, 17 et 5 ans. Son mari est loin et vit avec une seconde femme, sa coépouse. L’an passé, en octobre, sur un marché, elle a eu un mal de tête terrible, « quelque chose est entré dans mon crâne ». Elle pensait tomber. Elle a pris peur. C’était le début de ses problèmes. Par la suite, elle avait « quelque chose de dur dans le ventre, c’est comme si, cela se déplaçait, ça faisait très mal, ça piquait, ça brulait … ». A Bobo, elle avait pour voisin un marabout. Elle l’avait vu sortir avec sa coépouse. Il lui a prédit la mort si elle parlait. Il l’accusait de sorcellerie…

Elle est donc venue à Réo, en février avec sa fille Chloé pour s’occuper d’elle et son plus jeune fils. C’est à cette période que je l’ai vue la première fois. Elle avait déjà beaucoup souffert et était désespérée, sachant que la médecine officielle ne pouvait rien faire pour elle.

A Réo, elle a consulté plusieurs tradipraticiens, des soigneurs traditionnels. Si ses pieds étaient devenus tous noirs, c’était dû à une poudre que l’un d’eux lui avait conseillé, et non à un début de gangrène. Cette poudre, elle en mettait sur ses jambes mais aussi, elle en buvait en mélange avec du jus de tamarin. Suite à cela, son ventre la brulait tellement qu’elle  voyait comme des éclats de verre sortir à travers sa peau dans des douleurs horribles. Elle a essayé mille remèdes pour se sortir de ce mal mystérieux qui la faisait tant souffrir.  

Elle se dit  que le « blanc » peut faire quelque chose pour la soulager et m’implore de l’aider. Nous préparons régulièrement des feuilles de moringa en poudre. Pour les enfants malnutris, s’ils ne sont pas malades mais souffrent seulement de sous alimentation, un traitement de 3 semaines les aident à reprendre des forces et à retrouver l’appétit. C’est une plante très riche en oligo-éléments, vitamines et protéines. Je lui conseille d’en prendre chaque jour et lui en donne plusieurs sachets. Sa fille Chloé me dit que le problème est qu’elle refuse toute nourriture, ce sera donc difficile de répartir la poudre sur son alimentation. Elle essayera en mélange dans l’eau de boisson, ou bien d’en sucer un peu sur ses doigts. Elle peut aussi essayer de manger les petites feuilles vertes, natures.

Je demande pourquoi, on ne la conduit pas à nouveau à l’hôpital. C’est d’abord un problème d’argent. Et puis, elle n’a plus confiance. Elle a eu tellement de prélèvement de sang … toutes les analyses disent que tout est normal. Et, à chaque fois, on lui prescrit de nouveaux médicaments. Elle ne veut plus de ces soins inutiles.

Mardi 16 août. La situation s’aggrave. Véronique a trop poussé pour aller à la selle et une partie d’intestin ressort par l’anus. Maurice, le beau frère de Véronique, le « vieux » de la cour, décide de l’emmener à l’hôpital. Il n’y a pas d’ambulance disponible à Réo, et le chemin pour venir au village est impraticable. Maurice monte sur sa mobylette, une sangle les fixent solidement l’un à l’autre, la malade ne peut se tenir seule, toute droite. Une autre personne suit en vélo, pour aider en cas de chute. Au centre médical de Réo, ils disent ne rien pouvoir faire pour elle. L’expédition continue sur Koudougou à 20 kms de là, sur la piste défoncée par les pluies et les camions. Vous imaginez, les conditions affreuses de ce voyage, où la chute est à craindre à chaque trou sur cette piste rouge  aussi glissante après la pluie que le verglas.

Rachel m’appelle pour me prévenir de l’arrivée de sa tante au CHR de Koudougou. Je la trouve sur un lit, elle est la seule malade dans la chambre. Sa fille est là, avec Rachel, Maurice et un autre beau frère, George. Les infirmiers disent qu’il faut attendre le passage du médecin, demain. En attendant, ils mettent un goutte à goutte pour la réhydrater et lui prescrive du paracétamol pour diminuer ses douleurs. En cas de problèmes, il faudra les rappeler, en sachant bien, qu’ils ne peuvent rien faire de plus. Un malade doit toujours être accompagné par des membres de sa famille ou des amis, pour s’occuper de sa toilette, lui donner à manger, aller chercher les médicaments à la pharmacie de service (l’hôpital en a très peu), fournir les draps, laver son linge et si nécessaire appeler l’infirmier de service qui viendra quand il sera libre. Tant mieux, si vous n’avez besoin de rien. Dès l’arrivée, il a fallu payer l’entrée à l’hôpital, et une première nuit. Il n’y a aucune assistance sociale. La sécu ne débourse rien pour les malades.  Au Burkina, environ 200 000 fonctionnaires cotisent à la sécurité sociale qui pourra leur donner une petite retraite au bout de 15 ans, les autres … rien n’est prévu. Pardon, les textes de loi prévoient mais rien n’est appliqué.

Chaque jour, je viens faire une visite à Véronique, j’apporte des plats pour les enfants, Idrissa à laissé son travail à Bobo pour rejoindre sa sœur Chloé. J’essaie de les aider moralement. Je les emmène en ville à la recherche des médicaments prescrits, car ils n’ont aucun moyen de transport. Nous achetons des fruits pour essayer de faire manger la malade. Elle arrive à manger une banane par jour. Les jours passent, le médecin ne dit rien. Un infirmier a mis Chloé en garde, en lui disant de toujours prendre des gants pour toucher sa mère, car elle pourrait être contagieuse. Quelle contagion ? Quelle est sa maladie ?  Je vais voir cet infirmier, qui m’assure ne rien pouvoir dire si le médecin n’est pas présent. Je commence à perdre patience, devant autant de mépris et d’ignorance. Des analyses sont en cours, ça je sais, il a fallu payer pour faire les prélèvements. Nous sommes vendredi, toujours pas de résultats. Le weekend est là, il n’y a plus de médecin de service. Les infirmiers doivent assurer seuls les complaintes des malades et des familles, mais ils sont rôdés.

            Lundi matin 22 août, j’arrive tôt pour être sûr de voir le médecin de service. Il n’a pas encore vu les analyses et me conseille de revenir le mardi pour en discuter directement avec le chirurgien. Je prends ces initiatives car la famille n’ose pas aborder directement cette corporation de la santé qui lui tient un langage hautin et incompréhensible. En attendant, chaque jour, le service comptable apporte la facture pour la chambre, c’est 1000 fr. Tu payes, tu peux rester, tu ne payes pas, il faut partir. C’est terrible pour les familles démunies. Un ouvrier moyen gagne 30 000 fr/cfa par mois (même pas 50 €uros), s’il a la chance d’être mensualisé. Avec ce peu, il faut nourrir la femme et les enfants, payer le loyer, envoyer les enfants à l’école et se soigner s’il en reste …  Pour les ordonnances rédigées par les infirmiers, sous la couverture du médecin, tu fais comme tu veux, c’est toi qui va chercher et payer les produits et c’est toi, l’accompagnant qui doit les faire consommer à ton malade …

            Mardi matin 23 août, je peux enfin, rencontrer le chirurgien. Il me dit que l’hôpital n’est pas équipé pour l’intervention qui est nécessaire et qu’il craint que ce ne soit trop tard. Alors, on fait quoi ? Il faut aller à Ouaga ou à Nanoro. Au CHR de Ouaga, c’est le copie-coller de Koudougou. J’en discute avec la famille et avec Véronique. Ils sont d’accord pour aller à Nanoro. C’est un hôpital privé, tenu par les frères de la Ste famille, une congrégation religieuse Italienne. C’est sans doute un des meilleurs centres hospitaliers du Burkina. Rachel appelle le vieux de sa famille et je cherche à joindre le chirurgien de Nanoro. Il est en salle d’opération. Je rentre à Kassou, préparer la voiture, j’y installe un matelas, des coussins et des draps. Je vais faire l’ambulance. Il y a 75 kms à faire mais sur une très, très mauvaise piste. D’aucun me prévienne qu’elle est impraticable. On verra. J’ai pu joindre le chirurgien, le Dr Gino. Il nous attend dans l’après midi. De retour à l’hôpital, je retrouve Rachel et la famille, le vieux est d’accord mais ils ne pourront pas payer. Qu’à cela ne tienne, j’ai proposé mes services, j’irai au bout. Le chirurgien me donne le dossier de Véronique. Nous cherchons de l’aide auprès des infirmiers pour transporter la malade. Il n’en est pas question. « Ce n’est pas notre malade !» je suis horrifié par la conscience professionnelle de ces gens. « Si tu ne donnes pas l’argent, on ne t’aide pas ». Je crie fort après eux, si bien qu’ils s’enferment dans leur bureau. On arrivera, quand même, à bien installer Véronique sur le matelas dans le 4x4. Avant de partir, je dis 2 mots au Chirurgien, qui dit être désolé mais il ne choisit pas son personnel.

A midi, nous partons à 5 plus la malade allongée dans le véhicule, 3 à l’avant et les 2 enfants mal assis à l’arrière à côté de leur mère. Nous sommes contents de quitter ce centre hospitalier, où nous avons perdu une semaine. Véronique essaie aussi de nous dire sa satisfaction. Il nous faudra 3 heures de mauvaises pistes, avec des passages dans la boue et la rocaille et parfois dans 50 cm d’eau, pour atteindre Nanoro. Mes passagers ne disent mots, mais sont convaincus qu’on va rester planté dans la gadoue au milieu de nulle part. Ils n’ont jamais emprunté cette voie. Moi, une seule fois et en saison sèche, ce qui change tout.

Nous trouvons facilement l’hôpital. A l’arrivée, le Dr Gino et 3 infirmiers nous accueillent et prennent immédiatement en charge la malade. Je reverrai toujours le large sourire confiant de Véronique au Dr Gino qui lui parlait en lui tenant la main. C’était déjà lui donner un peu de bonheur. Je lui remets le dossier médical du Chirurgien de Koudougou. Je lui demande s’il y a une recherche VIH, il me dit que non. Pourtant les infirmiers de Koudougou étaient convaincus de la phase finale de la malade due au sida. C’est pourquoi, ils avaient décidé de ne rien faire. Il faut à nouveau faire une prise de sang, qui s’avère laborieuse. C’est l’anesthésiste qui réussira directement dans une artère.

Ils veulent que la malade se repose avant d’intervenir. Ils vont bien la suivre et opéreront jeudi ou vendredi suivant son état de santé. J’ai totalement confiance. Ici, au moins dans ce monde religieux, il n’y aura, pas de détournement de médicaments, pas de frais abusifs, pas de corruption du personnel, pas de fausses factures pour des analyses non réalisées. Il y aura le meilleur suivi possible,  une grande disponibilité  du personnel soignant avec le respect de la famille.

Rachel, George et les enfants dormiront dehors sur une natte, avec de nombreux autres accompagnants de d’autres familles. Je vais essayer de dormir dans la voiture. Je paye une avance à l’hôpital pour que tous les soins soient bien assurés. Le lendemain après midi, je laisse Véronique dans de bonnes mains et avec 2 de ses enfants plus leur oncle George. Je rentre sur Koudougou en ramenant Rachel, très fatiguée. Elle suit sa tante depuis des mois et je crains qu’elle ne fasse une crise de drépanocytose à laquelle, elle est sujette. On se donne rendez-vous à samedi pour passer le weekend à Nanoro.

Vendredi 26 août, Idrissa me téléphone pour me dire que l’opération s’est bien passée, mais il manque du sang. Il faut le groupe O-. Il n’y en a ni à Ouaga, ni à Koudougou. Il faut chercher un donneur dans la famille. Nous enquêtons. Peu de gens connaissent leur propre groupe sanguin, et le responsable du laboratoire du CMA de Réo, qui aurait pu donner des indications est en voyage. Toutes nos recherches restent vaines.

Samedi 27 août, à 10 heures, je retrouve, la famille à Réo pour l’expédition du weekend à Nanoro. J’ai 9 places dans le 4x4, il sera plein, malgré la piste impossible. Nous recherchons toujours un donneur du groupe sanguin O- qui serait compatible. Des membres de la famille habitant à Ouaga doivent arriver.

12 heures. Idrissa nous appelle. C’est fini… Véronique est passée dans l’autre monde…

 Qu’allons-nous faire ? Je suis ok pour allez chercher la famille et le corps de la défunte. Herman, un frère de Rachel, qui arrive de Ouaga, propose de m’accompagner. Ce n’est pas de refus. C’est assez, nous avons 3 personnes à ramener, plus la défunte. Nous prenons la piste de suite car il faut revenir le soir même, d’autant que je connais l’état de la piste. Il n’y a pas eu de nouvelles pluies, aussi la piste sera un peu mieux praticable. Nous évitons de retourner à Koudougou, en prenant une autre voie, moins fréquentée et en meilleure état jusqu’à Koirdié. Les 25 derniers kms sont aussi difficiles. Mais on s’habitue. A Nanoro, tout le personnel est désolé. Ils ont fait le maximum. Les enfants sont effondrés. George ne dit rien. Je rencontre le Dr Gino, qui me confirme que les 8 jours perdus à Koudougou, ont été néfastes. Il me confirme aussi que Véronique n’avait pas « LA MALADIE » maudite. Elle n’était pas séropositive, comme pouvait le laisser penser son état de maigreur. A Nanoro, l’hôpital suit en permanence plus de 200 personnes des environs qui sont séropositives. Elles ont la trithérapie gratuite et même une vie quasi normale à condition de bien suivre leurs traitements. 

15 heures 30. Je demande à un Père de l’hôpital de faire une bénédiction du corps pour nous aider à faire la route. C’est toujours délicat de transporter un mort, ça vous travaille les tripes … Nous reprenons la piste vers Réo. Il nous faut absolument arriver avant la nuit sur ces chemins difficiles. Pas un mot n’est prononcé dans la voiture. Herman est à côté de moi. Chloé et Idrissa à l’arrière comme à l’aller. Ils sont comme prostrés. Je prie en mon fort intérieur, qu’il ne nous arrive rien et reste très vigilant. Je roule très vite et à 17heures 30 nous sommes à Réo. Véronique a demandé à être enterrée sous les rites musulmans. Il y a quelques temps, elle a donné à l’Imam de Réo l’argent pour acheter le pagne dans lequel elle sera ensevelie. C’est la coutume ainsi. La famille de son mari est musulmane. A quelques kms de Réo, c’est le cimetière, nous arrêtons saluer l’équipe de jeunes qui creusent la tombe. Il nous faut aller jusqu’au village pour préparer le corps. Je suis les indications comme un automate. A Toukon, de nombreuses personnes nous attendent et s’occupent du corps. Je vais me reposer un peu pour me détendre. Une jeune fille vient me dire qu’un pneu de la voiture a une grosse bosse. Quoi ? Si, si, il faut venir. Ouah ! Oui, une vraie hernie sur la roue arrière gauche. C’est vrai que j’entendais un frottement bizarre. Il n’y a pas de temps à perdre ; je sors le cric et on change cette roue qui a du prendre un mauvais choc dans un passage dans l’eau sur des grosses pierres sauvages. Vraiment on a eu de la chance de ne pas éclater en cours de route. J’imagine changer une roue, dans la gadoue, avec un cadavre dans la voiture …

18 heures 30. Le corps est enfermé dans un pagne puis dans une natte en paille, solidement ficelé. Il est remis dans la voiture. Il n’y a pas d’autres véhicules 4 roues dans ce village. Nous repartons en long cortège de vélos et motos, pour la cérémonie au cimetière à 5 kms de là. Nous roulons presque à la fin de ce cortège funèbre. La nuit commence à tomber. Une centaine de personnes prévenues à la hâte, attendent. Des hommes sortent le corps du véhicule. Ils le posent à côté de la tombe. Ils le sortent de la natte et le posent toujours dans le pagne à même le sol au fond du trou, sur un côté qui a été plus creusé. Ils le protègent avec des parpaings de la tête aux pieds et jettent quelques poignées de terre avant d’entamer une longue prière ou litanie à répétition. Le trou de 1,50 m de profondeur, est rebouché de suite. Chacun rentre chez soi. Je ramène des gens de la famille à Toukon et m’apprête à rentrer à Koudougou. Quand je veux partir, je constate qu’un de mes pneus avant est dégonflé. Nouvelle crevaison. Je n’ai plus de roue de secours. Le vieux de la famille me dit qu’il faut rester dormir. On verra demain. Je ne me fais pas prier. Je suis trop fatigué et la route vers Koudougou est trop mauvaise. D’ailleurs, j’avais prévu ma natte pour le weekend à Nanoro. Je dors à côté d’Herman, dans la petite maison de Rachel.

Dimanche 28 août. Je bois le thé avec Herman. Dès 7 heures, des voisins, des amis, des membres de la famille viennent présenter leurs condoléances. Nous sommes les hommes dans une petite cour et les femmes dans une autre, juste à côté. Je ne peux pas partir précipitamment, ils veulent saluer aussi, le blanc qui les a aidés. Il y a eu une grande solidarité dans le voisinage, tous ces gens ont donné un peu d’argent (ou beaucoup) pour aider Véronique à s’en sortir. Plus de 400 000 fr (plus de 600 €uros) ont été ainsi collectés, ce qui est énorme. La famille a maintenant une dette morale envers tous ces donateurs, à charge de revanche. C’est important pour la vie du village et les bonnes relations de voisinage. Rencontres Solidaires avait participé à cette solidarité en 2007, quand une grande partie du village avait été détruit par de fortes inondations. Joëlle, en France avait organisé un concert, nous avions pu donner un sac de mil (100 kg) à chacune des 98 familles du quartier, pour leur donner du cœur à l’ouvrage pour reconstruire. On fait maintenant partie de leur grande famille.

En fin de matinée, je rentre doucement à Koudougou, après une réparation sommaire d’une des roues. Ça fait du bien de retrouver le calme de notre cour, à Kassou.

            Mardi 13 septembre. Je suis invité aux funérailles de Véronique. C’est une grande réunion de famille dans la cour d’origine du mari. Idrissa m’a fortement invité à venir pour échanger avec le vieux, de leur cour, le frère ainé de son père. J’y vais en moto, car aucun véhicule 4 roues, ne peut accéder au village dans les fins fonds de Bonyolo. Il m’attend vers 15 heures, à un petit marché sur la grande piste,  pour me guider. J’y resterai 2 heures. C’est une très grande cour, perdue dans la brousse, où vivent plus de 200 personnes de la famille Bayala . La promiscuité doit parfois être difficile à vivre. Tous ces gens vivent de la culture, de l’élevage et du maraichage. Leur gros problème est de transporter les marchandises vers Réo (10 kms) ou vers Koudougou (30 kms). Tout se transporte sur les têtes des femmes, les vélos et les motos. C’est un rude travail sur des pistes qui sont plutôt des passages étroits d’animaux. Pour un touriste, c’est joli et pittoresque, mais il faut le vivre au quotidien.

Les funérailles ont lieu souvent un an après le décès. C’est une cérémonie animiste, à l’origine, qui libère l’âme du monde des vivants pour l’envoyer dans le monde des ancêtres. Les sages ont décidé que Véronique avait assez souffert pour aller de suite dans ce monde des ancêtres. Qu’il était inutile de laisser son âme errer dans le monde des humains où elle pourrait importuner les uns ou les autres. Je peux bien discuter avec le vieux, curieux de savoir comment j’ai connu Véronique. Il parle très bien le français et traduit en Lyélé aux autres membres venus dans notre cercle de discussion. Nous sommes  au pays des Gourounsi. Vers 17h 30, de gros nuages s’accumulent sur nos têtes. Je demande ma route pour ne pas subir la pluie sur la piste déjà difficile à sec.

Les 4 enfants vont pouvoir rejoindre Bobo, et essayer de trouver un travail pour en vivre. La mère nourricière n’est plus. Le petit de 5 ans repart avec ses frères et sœur, il devra aussi travailler pour se nourrir. Les petits vendent souvent du pain, des noix de cola, des mouchoirs en papier qu’ils promènent sur leurs têtes, à travers les villes. Difficile à imaginer dans le monde occidental, mais bien réel en Afrique.

                                   Paix à l'âme de véronique. Que la terre lui soit légère 

Conclusion

La mort est  souvent acceptée et mise sur le compte de la fatalité. "C’est Dieu qui donne" et "c’est encore lui qui reprend" Mais à y voir de près, cela relève parfois de la négligence ou d’un manque de qualification du personnel soignant. Mais attention, je ne veux surtout pas condamner toute la profession.

 « Ce ne sont pas tous les médecins qui manquent de conscience professionnelle ». Bien au contraire, dit le Dr Francis Ouédraogo, « beaucoup travaillent très consciencieusement et donnent le meilleur d’eux-mêmes malgré le sous-équipement de nos hôpitaux. La pratique de la médecine doit rester un don de soi avant toute considération économique. Don de soi qui doit aussi s’observer dans les autres métiers pour un Burkina émergent. Ceux qui ne peuvent pas obéir à cela dans le cas de la médecine doivent exercer un autre métier ».

De vaillants infirmiers (ères) sous souvent confrontés à des pathologies qui dépassent leurs compétences, d’où la « débrouillardise ». Beaucoup sont toujours intègres et ils doivent devenir plus nombreux. Il faut que les gens cessent de prendre le secteur de la santé, tout comme celui de l’enseignement, comme un dépotoir ou un simple lieu de gagne pain.

On ne peut envoyer l’argent du Burkina dans des djembés pour financer les campagnes politiques des occidentaux (affaires Robert Bourgi …) et délaisser le peuple dans la souffrance.

            Histoire actuelle vécue

Le 20 septembre 2011

                                                                  papypier

Par papypier - Publié dans : Rencontres Solidaires - Communauté : Rencontres en Afrique
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Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 19:21

Comment est né « Rencontres Solidaires »


Toute ma vie, j’ai rêvé de vivre en Afrique, dans un village, de dormir dans une case. Pourquoi ? Je ne peux l’expliquer. C’était comme un besoin de retour aux sources, d’un autre type de vie dans un autre monde.

 

         Première vision de l’Afrique au Cameroun

Dès les années 90, quand les enfants ont grandi, avec mon épouse, nous avons commencé, sacs à dos, à découvrir des pays d’Afrique. Ma cousine Pascale qui était jeune «volontaire du progrès » (VP) nous a donnés envie de visiter le Cameroun. Ce premier contact a été très décisif. Arrivés à Douala avec un billet sec, nous avons repris un avion pour Maroua, puis nous nous sommes toujours déplacés avec les occasions et les transports locaux. Nous avons traversé tout le pays du nord au sud, du lac Tchad à la Guinée Equatoriale. C’est un choc de culture impressionnant. Nous voulions tout photographier ou filmer pour ne pas oublier ces images extraordinaires d’un autre monde. Chaque soir vers 17 heures nous cherchions un hébergement, dans les communautés, chez les VP, ou dans de petites auberges locales. C’était parfois laborieux mais nous avons toujours trouvé. Quand on n’exige pas du 3 étoiles, c’est plus facile. On s’est habitué aux animaux locaux comme les margouillats, énormes lézards très colorés qui s’amusaient à se battre sur les tôles des chambres au levée du soleil, et les gékos aux pattes munies de ventouses pour marcher au plafonds. Le grand choc est celui des conditions de vie dans les villages. Les familles vivent dehors. Ils dorment et rangent leurs quelques biens dans une case ou une petite maison exsangue. Il n’y a pas de lit, le soir ils déroulent une natte de paille qui les isole du sol souvent poussiéreux. Il n’y a pas de placard et encore moins d’armoire pour entasser les vêtements. Des poteries empilées servent au rangement. Il n’y a pas de super cuisine, 3 cailloux suffisent pour poser la marmite et alimenter le feu avec des morceaux de bois. Il n’y a pas de table. Le repas se prend dans la cour, par groupes prédéfinis, les enfants avec les mamans, les jeunes ensemble et les adultes plus loin, tous accroupis autour d’un plat posé sur le sol, mangent avec les mains.

Ils mangent quoi ?

En général, il y a un plat unique, à base de riz ou de mil. Notre menu habituel avec entrée, plat de résistance et dessert n’existe pas dans la tradition africaine. Des végétaux, des feuilles, des tiges ou des racines cueillies dans la nature ou cultivés dans des jardins sont pilés, écrasés, cuits pour préparer les sauces qui agrémenteront le riz ou le mil. On ne mange pas pour le plaisir de la dégustation mais avant tout par nécessité pour se nourrir. Et les bananes, les mangues, les papayes, les goyaves, les oranges, on en fait quoi ? Les fruits sont consommés par les autochtones quand ils les trouvent sur un marché local ou dans la nature, jamais au cour du repas.

Les boissons quotidiennes sont très locales, d’abord l’eau qu’il faut boire en grande quantité pour ne pas se déshydrater, puis des boissons fermentées à base de mil qui ont 2 à 3° d’alcool. Les transports sont souvent défectueux pour approvisionner les villages en nourriture, mais comme par miracle on trouve partout la bière et le coca. On se demande toujours comment c’est possible. Mais, ils restent des produits de luxe surtout consommés entre amis dans les villes.

Et pour se déplacer, on fait comment ?

Il y a les taxis brousse. Des véhicules de tous gabarits, attendent sur une aire de stationnement dans les villes. Les voyageurs arrivent progressivement et se regroupent par destinations. Quand le chargement est complet, parfois après plusieurs heures d’attente, on part. Ce qui n’empêche pas le chauffeur de prendre à nouveau des passagers en cours de route. On est parfois, un peu entassé, sans compter les bagages et les animaux à qui il faut aussi faire un peu de place. Les normes de sécurité ? C’est quoi ? On peut avoir quelques frissons devant l’état des véhicules mais aussi sur la façon de conduire de certains chauffeurs. Je ne parle pas de l’état des routes et des pistes surtout en période de saison des pluies. Il est rare de trouver des véhicules neufs en Afrique, hors des classes dirigeantes et des ONG.

Le Cameroun nous a aussi permis de découvrir le train, 12 heures de voyage entre Ngaoundéré et Yaoundé. De quoi écrire un vrai roman. Nous avons embarqué le matin à 07 h 00 dans un train étonnement propre. Les voyageurs sont arrivés avec bagages et animaux, chacun a trouvé une place. Notre wagon venait de Pau, oui en France et indiquait les gares entre Pau et Biarritz. C’était étrange et réconfortant. Le train démarre presque à l’heure prévue. Nous en sommes surpris et ravis. Nous aurons un arrêt en moyenne tous les ¼ d’heure. Les gens descendent, remontent et font du commerce. Les uns vendent des sacs de poissons séchés, les autres achètent des fruits, qu’ils revendront 100 kms plus loin, dans une zone où ils ne sont pas produits. Notre voisin de siège négocie une énorme tête de zébu encore sanguinolente. Horreur, pourvu qu’il ne l’obtienne pas ! Et bien si, la tête passe avec peine par la vitre et prend place au beau milieu de l’allée. Il la revendra quelques stations plus tard. Tous les voyageurs consomment des arachides, des galettes, des brochettes de viande ou des fruits négociés au passage. A notre arrivée à Yaoundé le train est un énorme dépôt d’ordures, papiers gras, déchets de fruits, os de poulets et autres déchets alimentaires. Personne de s’en offusque, tout est normal, le voyage s’est bien passé. C’est l’Afrique !

Nous sommes revenus enchantés de ce voyage. Ensuite nous avons découvert Madagascar, un pays très pauvre alors qu’il a tout le potentiel pour être riche ou tout au moins il a les richesses naturelles pour bien faire vivre sa population. Mais quand la politique et la soif de pouvoir des dirigeants s’en mêlent... C’est vraiment dommage pour cette île superbe et si variée dans sa population, son climat, et ses paysages. Nous avons poursuivi en Tanzanie, avec au sud, l’île de Zanzibar, un autre paradis terrestre en décrépitude et au nord les immenses réserves d’animaux sauvages, en limite avec le Kenya, et le peuple Massaï qui tente de conserver ses coutumes ancestrales. Nous sommes allés une première fois au Burkina Faso, le pays des hommes intègres, c’est la traduction du nom du pays donné par Thomas Sankara, pour remplacer la Haute Volta. Les hommes y sont très accueillants. L’hospitalité reste une grande tradition dans ce pays très pauvre, avec peu de ressources naturelles. Nous avons été aussi au Sénégal, très fréquenté par les touristes français en voyage organisé avec trop peu de contact avec les habitants. Nous devions aller en Casamance dormir dans des cases à impluvium, mais les évènements politiques ne l’ont pas permis. Plus tard nous avons circulé au Togo et au Bénin, mais le choix était déjà fait de s’installer au Burkina.

Pourquoi le Burkina ?

L’amabilité des habitants, leur façon de recevoir et le calme de la population ont beaucoup contribué à notre choix. Un point important a été aussi, la quasi absence de tracasseries policières, alors que, ce sont des habitudes néfastes et décourageantes dans nombre de pays. Les gendarmes, policiers et douaniers sont souvent mal rémunérés et se payent sur le dos des voyageurs tant locaux qu’étrangers. Il a parfois fallu passer des heures à palabrer pour pouvoir poursuivre notre route sans payer des sommes non justifiées. Les africains ont peur de leurs policiers et payent souvent pour éviter les ennuis, les coups et le vol de leurs bagages. Au Burkina, il n’y a pas ce genre d’injustice et de maltraitance. Si vos papiers sont en règle, il n’y a pas de problème. Dernier point important pour le choix de cette destination, ma sœur vivait au Burkina depuis plus de 10 ans, elle a encouragé, sans rien dire, notre choix.

 

         Licenciement et préretraite  

         En 2003, la multinationale qui m’employait depuis 30 ans a décidé d’anticiper les évolutions à venir. A 56 ans, j’ai profité d’une vague de licenciement. La plupart du temps, ces mesures sont une catastrophe pour les salariés visés, pour moi, c’était une libération, une chance inespérée, la possibilité de partir loin ... enfin !

         Licencié au 31 décembre 2003, le 5 janvier je suis au Burkina en quête d’une autre vie. D’abord en vacances avec mon épouse, nous jouons les touristes. Plus tard, on verra !

 

Installation à Koudougou 

A Koudougou, 100 kms à l’ouest de Ouagadougou la capitale, un centre d’hébergement est tenu par des sœurs que je connais bien. L’une d’elle vient d’être rapatriée sanitaire pour un mauvais paludisme. L’autre sœur, Geneviève est de ma famille, je propose de la dépanner quelques temps. Mon épouse repart en France pour vaquer à ses multiples engagements bénévoles. Je m’installe au centre Unitas pour aider à la gestion du personnel, à l’accueil des visiteurs et des nombreux groupes qui viennent suivre des sessions de tous genres, de quelques jours. C’est pour moi un moyen de communiquer avec une population très variée, en étant actif sans l’image de visiteur de passage. Je m’intègre doucement, surtout j’ai beaucoup à apprendre sur les façons de faire, les façons d’être, J’ouvre grandes mes oreilles et j’écoute pour commencer à comprendre comment vivent ces populations tellement différentes de nous, les Occidentaux. Je rencontre des hommes et des femmes exceptionnels qui oeuvrent au développement du Burkina et de la sous région (Burkina, Mali, Niger, Bénin, Togo, Ghana et Côte d’Ivoire).

La question se pose vite pour moi de savoir : quel projet je vais mettre en place pour justifier ma présence dans ce pays sur une longue durée ? Je resterai finalement un an à travailler au centre Unitas en améliorant chaque jour mes connaissances des hommes et de leurs coutumes tant au contact des employés que de nos hôtes.

Progressivement je m’intègre dans cette Afrique mystérieuse et en particulier au Burkina. Je tisse de nouvelles relations. J’apprends à connaître les différences des autres pour mieux les apprécier et les aimer. C’est vrai que nos différences sont grandes. Elles proviennent des traditions, de l’éducation, et du vécu de chacun.

Les femmes travaillent beaucoup et participent réellement à l’évolution du pays même si elles sont encore peu présentes dans le monde politique. Je décide d’appuyer notre projet sur des groupements de femmes, qui sont déjà organisés, structurés et qui fonctionnent dans de nombreux domaines d’activités comme la poterie, le tissage, la teinture, le maraîchage, les cours d’alphabétisation, mais aussi la confection de jus de bissap, de gingembre, de tamarin ou d’autres fruits ... Les femmes se battent pour améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs enfants.

 

Mise au point du projet Burkina 

Après de multiples rencontres et des discussions passionnantes avec des femmes d’un groupement de Réo, nous avons envisagé d’aider des familles défavorisées, en améliorant leurs conditions sanitaires dans les villages

Une cour, ou concession regroupe tous les membres d’une grande famille sous la houlette du patriarche ou de l’homme le plus âgé. La cour peut avoir quelques dizaines de personnes, mais ce nombre est aussi parfois de plus de 200. A l’intérieur d’une enceinte fermée, chaque sous famille : mari - femme(s) – enfants a sa ou ses constructions pour dormir et préserver ses biens propres. Chacune se prépare ses repas et doit stocker ses récoltes de mil, arachides, pois de terre ... Il n’y a pas de structures collectives. Il n’y a pas, par exemple, de sanitaire, ni wc, ni coin douche. Il n’y a pas d’eau courante. Chacun doit aller « se soulager » à l’extérieur, comme il peut. Chaque famille va chercher son eau dans un puits plus ou moins proche, parfois très loin. Mais, quelles sont leurs priorités ? La priorité est de savoir ce que la famille va manger demain et comment la femme va se le procurer. Ensuite, ce sera les soins des enfants quand ils sont malades. Trop d’hommes ne s’occupent pas de leurs enfants pour la nourriture et la santé.

           




Vue d'une
Cour Gourounsi
cachée par le mil

en saison des pluies

à Ténado.









         Alors ! On fait quoi ? En accord avec les femmes nous avons décidé d’aider à construire des latrines (wc) et des coins douches dans les cours. Les cacas des enfants qui se retrouvent entre les cases, sèchent vite au soleil, ou bien sont consommés par les animaux, les chiens ou les cochons. Mais, même secs, ils sont une source de pollution qui se répand rapidement avec le vent, et la cause de nombreuses maladies.

Que les femmes soient convaincues de l’utilité d’une telle action c’est bien. Mais il faut aussi convaincre les hommes pour agir dans la cour et réaliser les constructions. Là aussi, il y a eu plusieurs réunions de palabres, de discussions et de concertations pour avoir l’accord de tous les participants. Il restait encore une réunion protocolaire avec le « Vieux », le chef de la cour pour avoir l’aval. Dans les 7 cours de Réo où les femmes étaient volontaires, nous avons eu la réponse positive sur le principe : nous fournissons les matériaux de constructions, les hommes creusent les fosses et montent les murs.

Nous nous sommes inspirés de plans réalisés dans d’autres pays d’Afrique pour réaliser des latrines ventilées. Quel en est le principe ? Une fosse de 4m de profondeur est creusée. Nous faisons 2 trous dans la dalle de béton qui la recouvrira, l’un pour les excréments et l’autre pour l’aération par un pvc de 100. La latrine ventilée utilise les mouvements de l'air à l'extrémité du tuyau, créant une dépression dans ce tuyau, entraînant vers le haut les mauvaises odeurs ; les mouches entrées dans la fosse sont attirées par la lumière vers le haut de la cheminée, et meurent, retenues par la moustiquaire qui ferme le haut du pvc. L’efficacité est probante, il y a très peu d’insectes et peu d’odeur dans ce type de latrine. Il est bon de prévoir une seconde fosse à côté de la première. Après une période de 2 ans ou quand la seconde fosse est à son tour remplie : le contenu de la première demi fosse qui a pris la forme de compost est alors vidé et la première fosse peut être réutilisée. L'alternance d'une fosse à l'autre peut être ainsi indéfiniment répétée. Le matériau vidangé est inoffensif, et ne ressemble en rien à des matières fécales. C'est un excellent engrais.

Pour le coin douche, c’est plus simple, une dalle de béton avec une bonne pente qui conduit les eaux de lavage à l’extérieur dans un trou à compost (0,50 m x1,5 m x 2 m), surtout pas dans la fosse des wc. Le compost permet d’éviter d’avoir des eaux stagnantes qui sont des nids à moustiques. Il y a donc des avantages pour l’environnement avec la formation du compost qui fait un bon engrais pour les cultures, l’incitation pour les familles à trier leurs déchets pour mettre dans ce trou, et la suppression de points d’eaux polluantes trop fréquents aux abords des cours.

Que de messages à passer ! Il faut plus de 6 mois entre les premiers contacts avec les groupements de femmes et les réalisations définitives. Pour éviter les déviations possibles, nous n’avons aucun transfert d’argent avec les familles. Les besoins sont tels que cet argent serait vite évaporé si on le remettait aux familles. Nous achetons les matériaux qui sont mis à disposition par l’intermédiaire des groupements.

Maintenant, il nous fallait trouver un échange équitable pour que ces familles ne se sentent pas redevables envers nous ; et aussi, trouver un mode de financement pour aider un grand nombre de familles à s’équiper progressivement dans l’avenir. Nous cherchions un moyen de favoriser des rencontres. L’idée est venue d’organiser des voyages pour des Occidentaux qui seraient hébergés dans nos familles. C’était un pari difficile pour ces familles démunies. Elles n’imaginaient pas pouvoir recevoir convenablement des Européens dans leurs habitats rustiques. Nous les avons aidées et conseillées dans cette démarche.

En France, en mai 2004, nous avons créé l’association « Rencontres Solidaires » pour gérer cette activité. Nous avons recherché des gens qui veulent comprendre ces peuples défavorisés. En janvier 2005, nous avons pu faire l’inauguration des premières installations pour un groupe de 6 familles à Ouahigouya, et un autre de 7 familles à Réo. Depuis nous avons continué les installations à Mako, commune de Gourcy et plus au nord à Djibo. Notre association a été reconnue en tant qu’ONG au Burkina dans le but :

1 - De susciter, créer et promouvoir les rencontres et les échanges culturels franco-burkinabé.

2 - Aider des familles d'accueil du Burkina Faso à améliorer leurs équipements sanitaires

La satisfaction est grande tant dans les familles qui reçoivent que pour les visiteurs. L’appréhension étant au départ aussi forte de chaque côté. Les burkinabé craignent de ne pas être à la hauteur, les « blancs » ont peur des bruits inconnus, des animaux, des conditions rustiques, bref de tout un univers inconnu. Mais, tout se passe bien nous en faisons le bilan à chaque fois. Que de bonheur pour ces burkinabé de devenir de vraies familles d’accueil. Quels plaisirs pour les visiteurs de surmonter leur peur de l’inconnu, de pouvoir échanger avec les autochtones et de mieux se rendre compte de leurs soucis quotidiens.

Depuis nous continuons à évoluer. L’association a construit des cases à Koudougou pour héberger les visiteurs en complément des familles d’accueil. Nos visiteurs nous permettent chaque année, de financer de nouvelles latrines et coins douche pour les familles. Il faut savoir que 90 % des Burkinabé ne disposent pas du minimum sanitaire.

 





Site de Rencontres Solidaires
Kassou  - Koudougou


Une des 5 cases et le four pour la cuisine.

Toutes les constructions sont réalisées en banco 





 

Une partie du rêve d’enfant est réalisé. J’ai pu apprendre avec ma famille à connaître le peuple africain. Nous apportons notre goutte d’eau au développement de ce pays si attachant qu’est le Burkina Faso. Nos voyageurs nous aident chaque année à avancer dans ce développement, ils sont notre principale ressource. L’association remplit sa mission de rencontres et de solidarité, elle pourra le faire tant que des occidentaux s’intéresseront à leurs voisins du sud, beaucoup plus démunis, mais tellement chaleureux.

 
site internet : http//rencontressolidaires.free.fr

 
Par papypier - Publié dans : Rencontres Solidaires - Communauté : Rencontres en Afrique
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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 16:47

Burkina : construction de la Zaka à Kassou

 

Quelle idée ai-je pu avoir d’aller construire au Burkina Faso ? J’avais un tel désir de vivre en Afrique que je n’ai pu m’empêcher d’y construire ma propre maison, et même ma cour qui est un ensemble de maison ou zaka en mooré.

Je voulais une grande maison traditionnelle qui soit reproductible par la population locale. Une bâtisse qui serait le siège social de notre association « Rencontres Solidaires » et notre habitation. Nous avons trouvé un terrain, négocié avec les exploitants et l’administration à Koudougou. Il faut savoir que la terre reste propriété de l’état. Il faut d’abord négocier avec les exploitants un transfert du droit d’exploitation. On doit signer un accord qui s’appelle : « procès verbal d’arbre à palabre » qui est donné à l’administration. Là commence des dossiers à destination de la mairie, des domaines et de l’urbanisme. Globalement tout sera en ordre au bout de deux ans. En fait, en payant une forte taxe légale, nous obtenons un droit d’utilisation du terrain pour une période indéterminée.

Nous pouvons enfin passer aux choses sérieuses. Nous avons fait de nombreux plans. Nous construirons avec de la terre crue, le banco utilisé par tous les villageois du Burkina. Nous avons fait connaissance avec les voûtes nubiennes. Ces toitures sans bois, sans ciment et sans tôle nous viennent de la haute Nubie en Egypte. Nous sommes conquis par cette technique lancée au Burkina par une association de Boromo. Nous commençons à construire en janvier 2007, 3 voûtes accolées de 15 m de long. Il faudra 15 000 briques de terre qui seront façonnées dans un marigot voisin, l’argile est foulée aux pieds pour bien la mélanger avec la paille avant de faire les briques dans un moule. Pendant 5 jours, elles seront séchées au soleil et prêtes à l’emploi. Une brique de 40/20/12 cm pèse en moyenne 13 kg. Le meilleur moyen de les transporter reste les charrettes à ânes, pour éviter de les casser. Ces grosses briques serviront pour bâtir les murs de 60 cm de large sur 1,60 m de haut.

 

 

 

 

 Ensuite nous changeons de matériaux. Nous adoptons des briques beaucoup plus petites qui sont façonnées avec de la terre de termitières. Elles permettront de monter la voûte sans aucun support. Ah ! J’oubliais ! Nous avons creusé des fondations jusqu’au rocher à 50 cm de profondeur sur 70 de large. Nous les comblons avec des grosses pierres de latérite jusqu’au niveau du sol, avant de poser les premières briques de banco dessus. Sans fer, ni ciment bien sûr. C’est tout un art. Douze ouvriers travailleront pendant 6 mois pour finir la maison avec comme seuls outils, leurs pieds, leurs mains, pelles, pioches et brouettes. C’est un travail très physique que celui de constructeur en terre crue.

Août 2007 : les murs intérieurs sont crépis à l’argile et peints à la chaux. Les murs extérieurs eux sont crépis au ciment pour éviter de les refaire tous les 2 ou 3 ans après les saisons des pluies qui creusent l’argile. Le Burkina a 3 mois de saison des pluies, qui peuvent être violentes. Ensuite pendant 9 mois c’est la chaleur sèche avec une hygrométrie souvent inférieure à 10%. Tous les ouvriers sont satisfaits de leur travail, même l’électricité, installée par mon frère, fonctionne parfaitement à l’aide d’un groupe électrogène. Nous allons pouvoir inaugurer et surtout déménager à la fin du mois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Nuit du 26 au 27 août 2007. 03h30 dans la nuit, il pleut depuis quelques heures par orages successifs. Le téléphone sonne. Le gardien de notre construction est paniqué. Il dormait tranquillement dans une chaise longue dans la maison toute neuve. Il a été réveillé par l’eau qui lui baignait les fesses. Le niveau des eaux monte très vite. Il faut dire que nous avions creusé le sol à l’intérieur de la maison dans le but d’y maintenir plus de fraîcheur. Que faire en pleine nuit ? Les orages continuent de déverser des trombes d’eau. J’attends le lever du jour pour bouger d’autant que j’habite à l’autre extrémité de la ville et que circuler sur les pistes détrempées est périlleux et même dangereux. Avec autant de pluie, on ne sait plus où sont les trous, les bosses et les fossés. Le meilleur des 4x4 peut s’y planter surtout la nuit.

A 06 h 30 du matin, la pluie s’est calmée. Je prends mon courage à deux mains pour affronter la piste et voir l’état du chantier.


A l’arrivée je reste choqué. Il est tombé 175 mn d’eau en quelques heures. Nous ne sommes pas dans un bas fonds mais la seule évacuation pour l’eau sous la voie ferrée proche est bouchée par des détritus. L’eau est montée de 90 cm sur le terrain. L’argile a absorbée une masse d’eau en peu de temps. Malgré les murs épais de 60 cm, la maison est devenue un tas de boue. Nous ne sommes pas les seuls. Dans le quartier de très nombreuses maisons qui dataient de 30 ou 40 ans se sont effondrées. A Réo, à 20 kms de là, beaucoup de famille réveillée par la pluie, en pleine nuit, ont pris leurs enfants sous les bras et se sont enfuis précipitamment, marchand dans des ruisseaux de gadoue vers des écoles pour chercher un abri. Le lendemain matin, en revenant voir l’ampleur des dégâts, certains n’ont plus retrouvé aucune trace de leurs habitations. L’eau dans sa furie avait tout emporté : les maigres économie, les vêtements, le stock de nourriture, les papiers, tout, il ne restait plus rien. Pour toutes ces familles ce fut une grande catastrophe

Pendant quelques jours je passe des heures, prostré, à rechercher les erreurs commises, les défauts de construction. J’écoute les commentaires bienveillants, moqueurs, malveillants, les messieurs « je sais tout », ceux qui pleurent pour nous, ceux qui s’apitoient, ceux qui prétendent que le lieu est maudit. Je décide d’aller voir le Naaba du quartier, qui est un sage, pour prendre conseil. Ce monsieur très posé, m’assure qu’il n’y a aucune malédiction relative à ce terrain et que si je respecte les normes de construction avec le banco, il n’y aura aucun problème. Une brique de terre ne doit jamais baigner dans l’eau. C’est la règle absolue. Ni notre mode de construction, ni les voûtes nubiennes ne sont en cause. De grands murs récents chez nos voisins ont dévié les eaux vers notre terrain, les évacuations bouchées sous la voie ferrée ont empêché l’écoulement normal, les 175 mn ont du stationner quelques heures, et c’est la raison toute simple de nos déboires.

Je ne veux plus voir ces ruines qui nous désolent et sont un mauvais exemple. Début octobre c’est décidé nous recommençons. Différemment, mais nous recommençons. La saison des pluies est terminée, nous allons utiliser toute cette terre pour faire de nouvelles briques et reconstruire en banco, malgré tous les avis défavorables des bien-pensants. Nous allons surélever toutes nos bâtisses de 90 cm, qui est la hauteur maximum de montée des eaux, au-delà, les eaux franchissent la voie ferrée sur les rails et s’en vont dans les marigots plus bas. Nous construisons une première case ronde en banco avec des murs de 60 cm d’épaisseur et un diamètre de 5 m. Elle sera couverte avec une charpente de bois et une couche de 30 cm de paille « mocam » que l’on récolte dans la région. Puis nous montons une maison avec 2 voûtes nubiennes de 9,50 m de long. 3 autres cases vont suivre avec la couverture en paille. Elles serviront de chambre. Puis encore une autre voûte qui servira d’atelier de travail.

Enfin, on décide de se faire plaisir et de construire une coupole. La case fait 5,30 m de diamètre et nous voulons lui donner un toit de terre. Les ouvriers n’ont jamais réalisé ce genre de toit rond. Ils sont d’accord pour essayer. Avec eux nous discutons de la taille des briques qui seront modelées avec la terre de termitière, et sur la façon de construire. Ils montent les rangs de briques par 3, avec un léger décalage à chaque rang. Ils prennent du recul, regardent si la forme est régulière. La coupole se forme progressivement et se ferme avec une clé de voûte. Le crépissage extérieur sera fait avec un mélange de chaux et de sable. Le résultat est surprenant. C’est une très belle réalisation.


Les constructions se terminent en mars 2009. Nous avons notre zaka, notre cour pour accueillir la famille, et nos amis. J’ai hâte de revoir une grosse saison des pluies pour vérifier que nos constructions sont à la bonne hauteur, que nous avons fait les bons choix.

 

            Réflexions

Nous avons beaucoup appris pour réaliser ce chantier, sur les hommes, sur les coutumes, sur les façons de conduire un chantier et d’organiser un travail. Nous avons, nous européens, beaucoup d’a priori, de certitudes, de convictions qui nous viennent de notre éducation. Nous pensons avoir l’esprit universel. Et bien non ! Les africains ont aussi le leur qui peut être très différent du nôtre. Nous avons tous été élevés dans des maisons avec des fenêtres, des vitres, de l’eau courante à la maison, l’électricité, une chape de ciment ou du carrelage. La plupart des maçons, des charpentiers, des plombiers, des électriciens au Burkina n’ont pas eu ce vécu, et n’ont pas pu faire un réel apprentissage de leur métier. Quand on exige qu’un mur soit droit, vertical ou horizontal, ils n’en comprennent pas l’utilité, donc ne le font pas automatiquement. Ils le refont si on insiste pour nous faire plaisir. Est-ce qu’une fenêtre scellée bien horizontale sera plus solide ? Non ! Alors ça sert à quoi ? Nous sommes toujours dans le superflu, dans l’esthétique. C’est quoi joli ?

            Les plans sont toujours respectés très approximativement. Nous n’avons pas la même compréhension des mots, ni du degré d’importance de chaque détail. C’est vraiment une éducation qui nous différencie. La nôtre n’est pas meilleure, elle est différente. C’est tout. Sommes-nous plus proche du bonheur ? Je ne le crois pas surtout face à l’évolution actuelle du monde occidental avec ses problèmes financiers, son chômage, ses inégalités, le fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres.

            Les burkinabé ont des savoir faire important, dans le domaine de la construction et dans beaucoup d’autres. Ils nous ont construit des cases avec de belles charpentes de bois recouvertes de paille, ils ont réalisé sans problème une coupole. Et avec quels matériaux ? Avec leurs mains et leur imagination. Si demain on leur permet d’aller à l’école, si on leur ouvre de vrais centres d’apprentissage, ils nous montreront rapidement comment on doit travailler. Je suis fier d’avoir pu effectuer tout ce travail avec Bill, Jo, Dominique, Edouard, David, Adama et les autres, qui pour la plupart n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Cette année Jo et Adama ont accepté à 25 ans de suivre les cours du soir pour apprendre à lire et écrire le français. Ils sont les premiers de leur classe. Nous les aiderons à continuer.

Par papypier - Publié dans : Rencontres Solidaires - Communauté : Rencontres en Afrique
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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 19:08

Martine nous invite à son mariage traditionnel à Manga au sud de Ouagadougou. Ses parents vivent à Gourcy, elle est coiffeuse et exerce ses talents à la capitale. Depuis plusieurs années, elle vit avec son ami Olivier avec qui elle a eu une fille et un garçon. Ils sont décidés à faire le mariage traditionnel pour être reconnus dans leurs familles respectives. Le garçon doit faire une demande officielle aux vieux de la famille de la fille pour obtenir l’autorisation de la prendre comme femme. Avant la date du mariage, des démarches préalables ont lieu pour être sûr que la demande sera acceptée et à quel prix ? Hé oui, la dot à verser par la famille du futur mari se négocie en partie à l’avance. Ce sont les vieux qui décident du montant et du protocole pour le jour fatidique. De chaque côté un neveu est désigné pour discuter des transactions. Les vieux ne s’abaissent pas à négocier directement, ce sont les neveux qui le font pour eux. Ces palabres préliminaires peuvent durer plusieurs jours.

Nous avons embarqué 9 personnes à Ouaga et filons sur Manga donc dans la famille d’origine de Martine. Ses parents ne seront pas présents. La décision ne leur appartient pas. Ce sont les vieux oncles qui commandent. Si la fille a pu vivre et grandir, c’est grâce à sa grande famille. C’est à ses représentants les plus âgés de la céder à la famille de son mari, puisque après son mariage elle appartiendra ainsi que ses enfants à la famille de son époux. C’est ainsi, et c’est pourquoi, quand il y a divorce, si la femme se remarie, elle ne peut refaire un second mariage traditionnel. Alors que le mari peut faire plusieurs mariages traditionnels si ses nouvelles femmes n’ont pas déjà été mariées.

Nous sommes à Manga, nous stationnons dans un champ avec d’autres véhicules à plus de 100 mètres des maisons. Des jeunes filles viennent nous chercher et nous indiquent l’endroit où l’on doit attendre. Des nattes ont été dépliées sous une paillote, des chaises et des fauteuils en cercle autour des nattes attendent leurs occupants Ils arrivent bientôt. Nous saluons les vieux de la famille de Martine qui s’assoient ensemble sur un groupe de fauteuil, ainsi que le jeune « chef de terre » qui présidera l’assemblée. Bientôt les vieux de la famille du prétendant sont invités à s’installer assis ou accroupis au centre sur les nattes. Il n’y a ni femme, ni enfant dans cette assemblée, c’est une affaire d’hommes. Le futur mari est présent, mais ce n’est pas une obligation.  

 

Les vieux de la famille du mari, sur les nattes au milieu de l’assemblée

 

 

 

Le jeune chef ouvre les débats qui se feront bien sûr en mooré, la langue des Mossi. Le neveu, côté mari, présente ses doléances au neveu côté Martine, qui les retransmet directement au plus vieux de son groupe. Celui-ci accepte la demande en mariage mais que propose cet étranger pour compenser la perte d’une aussi belle jeune femme, qui en plus a déjà donné la preuve qu’elle sait faire des enfants ? Les échanges continuent sur le ton de la plaisanterie mais qui reste ferme. Des noix de colas sont placées dans des sachets plastiques noirs et distribuées à tous les vieux de la famille de Martine. Quand les vieux (du mari) arrêtent la distribution, le neveu d’en face réclame plus « il faut ajouter, ce n’est pas assez ». Les autres se concertent, quittent la natte et vont discuter plus loin à l’abri des regards. Ils reviennent avec de nouveaux sachets qui sont lentement redistribués. Deux coqs et un bouc arrivent. Ils sont attachés à l’un des supports de la paillote. Ils seront sacrifiés demain à l’aube, selon la tradition animiste, ainsi les ancêtres auront leur part. 

Le jeune chef avec son téléphone portable à la main. Il calcule le montant de la dot.


 


Les vieux (du mari) s’affairent au centre sur leurs nattes. Ils mettent des pièces et des billets de franc/cfa dans de nouveaux sachets plastiques. Le montant diffère selon le lien de parenté plus ou moins proche. Des calculs savants ont été fait à l’avance. Par l’intermédiaire des neveux, les sachets passent dans plusieurs mains avant d’arriver à leurs destinataires. Il y a peu de paroles, mais beaucoup de chuchotements.

 

Le neveu (côté Martine) se plaint que la dot est insuffisante.  ça ne va pas aller !  Ils n’auront pas la fille à ce prix ridicule ! Il est malheureux pour elle.

 

 

On trouve à nouveau des pièces de 100, 200, 500 et des billets de 1000, 2000 et même 5000 fr/cfa. Ils sont remis discrètement dans les sachets noirs et vont à leurs destinataires qui grommellent. «Oui, bon, c’est un peu mieux mais vous auriez pu prévoir plus ! »

Les neveux semblent satisfaits. Le dolo arrive. Une jeune fille présente une calebasse au plus ancien. Elle goûte devant lui, un genou en terre et dépose le récipient à ses pieds. Il en verse un peu sur le sol pour les ancêtres et boit à son tour. Et, c’est la distribution générale. Les neveux iront ensemble porter des sacs de sel aux vielles femmes qui attendent non loin de là. C’est leur part de cadeau traditionnel. Un sac sera mis de côté pour la maman de la mariée qui n’assistent jamais à la cérémonie.

Martine et Olivier ont l’agrément des vieux pour vivre officiellement ensemble selon la tradition animiste.

Par papypier - Publié dans : voyage - Communauté : Rencontres en Afrique
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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 18:43

Les Peulhs constituent une ethnie présente dans une quinzaine de pays, en Afrique de l'Ouest– une implantation géographique liée aux besoins des troupeaux de zébus et de chevaux, que la plupart élevait à l'origine. D'abords nomades, certains se sont sédentarisés. Ils se sont également convertis à l’islam en grand nombre. Dispersion et mobilité ont favorisé les échanges et les métissages avec d'autres populations. La question de l’origine des Peuls et celle de leur identité, pas uniquement liée à la langue peulh (foufouldé), continuent de faire débat.

Les peulh sont présents, nomades ou sédentaires, dans toutes les régions du Burkina. Quand un Mossi ou un Dioula achète des bovins, ils les confient souvent à un peulh qui se chargera de trouver les lieux où il y a la nourriture et l’eau pour les élever, contre une rémunération mensuelle. Quand on croise un grand troupeau sur les pistes, avec ses bergers, les animaux appartiennent en fait à de nombreuses personnes.

Les règles ancestrales font que le sol appartient à la collectivité. Aussi les éleveurs emmènent leurs troupeaux d’une région à une autre suivant les saisons pour qu’ils se nourrissent. Ceux qui cultivent le sol doivent clore leurs champs pour protéger leurs cultures. En principe, pendant la saison des pluies lors des cultures de mil, de maïs, d’arachide, de sorgho, de pois de terre, de sésame ... les bergers doivent écarter leurs animaux des zones de culture, car les champs sont trop grands pour être enclos. Mais, il y a souvent des négligences plus ou moins volontaires et des conflits importants surgissent entre les Peulh nomades et les autres ethnies totalement sédentarisées. A Manga il y a chaque année des morts.

Malgré tout, les habitudes évoluent et cette population s’organise. A Koudougou par exemple, les Peulh ont ouvert une laiterie. Ils refroidissent le lait collecté chaque nuit pour le revendre nature ou transformé en beurre, en yaourt, en fromage, en dégué (lait mélangé avec de la farine de mil), et en gapal (lait sucré avec du gingembre). Les normes sanitaires sont respectées et ces produits sont très bons. Mais ils se heurtent à de nombreux préjugés et histoires entre ethnies. C’est vrai qu’il n’y a pas 10 ans, quand on voulait goûter du lait sur un marché, il fallait d’abord écarter un nuage de mouche et une couche de poussière qui flottait. Les Mossi ajoutent que les femmes Peulh se trempaient les mains dans le canari de lait pour se lisser les cheveux et s’enduire la peau. En tous cas, les femmes peulh vivent dans des conditions extremment difficiles surtout dans le nord du Burkina et restent toujours dignes et belles.

 

 

 

Par papypier - Publié dans : voyage - Communauté : Rencontres en Afrique
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